Exorbitance
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Le destin qui frappa Exorbitance prit bien des formes, mais pour l’essentiel, il fut accompagné du couinement de la vermine. Lorsque les cieux s’ouvrirent et que des flammes vertes balayèrent les terres, lorsque des tours d’airain percèrent le sol et qu’une sinistre magie changea le sol en queues grouillantes et en gueules baveuses, nombre des places fortes établies dans les étendues orientales du Vaste Aride tombèrent. Mais Exorbitance tint bon. La foi de son peuple était austère et robuste, et les feux les plus forts et les plus purs animaient les défenses de la cité, car le nexus sur lequel elle était bâtie plongeait au cœur d’Aqshy.
Les hommes-rats constatèrent cette résistance, et la rage embrasa leurs âmes flétries. La rage et l’avidité, car de ce dont autrui pouvait jouir, ils souhaitaient s’en emparer ou le détruire pour que personne n’en profite. Des roues se mirent à tourner et à cliqueter dans les profondeurs tandis que les outils de la ruine étaient forgés et les termes de leur déchaînement signés par toutes les puissances rivales de l’empire vermineux. Les lames cachées frappèrent les premières. Un par un, les habitants d’Exorbitance qui prêchaient la résistance face aux ombres envahissantes disparurent avant d’être retrouvés décapités et pendus aux bras tendus des idoles gardiennes de la colonie. Vinrent ensuite les nuées et les fléaux. Des rats voraces dévorèrent les réserves de nourritures et d’autres envahirent les maisons, les baraquements et les rêves, où ils annonçaient en couinant les terribles coups du sort qui attendaient ceux qui s’opposaient à eux. Nombre d’habitants d’Exorbitance furent frappés par une maladie qui noircit leur sang, et le bétail survivant fut couvert de pustules qui, une fois mûres, vomissaient des rats frémissantes qui hurlaient en langage humain. Ces maux furent suivis de nuits de terribles présages. Des tempêtes d’éclairs émeraude illuminèrent les montagnes. De nombreuses personnes prirent cela pour un signe de délivrance adressé par le Dieu-Roi, car leur foi était leur seule lumière dans les ténèbres, et leur dernier rempart dans leur situation précaire. Dans leur fougue, elles quittèrent le refuge d’Exorbitance pour les désolations voraces, et ne revinrent jamais.
Et puis, le treizième jour, les hommes-rats surgirent avec des intentions meurtrières. Ils s’élancèrent au son de cloches dissonantes depuis des vortex d’un vert maladif ouverts dans le sol de temples, de maisons et de postes de garde. Leurs griffes serraient des dagues rouillées, leurs gueules étaient bardées de crocs jaunis, et leurs yeux brillaient d’une voracité démentielle. Ils vinrent en hordes si nombreuses que la trame du cosmos sembla s’effilocher à mesure qu’ils traversaient le voile de la réalité. Sur les ordres stridents de leurs maîtres à la fourrure blanche et aux cornes recourbées, les hommes-rats se déversèrent dans Exorbitance, et ils fondirent sur les blessés et dévorèrent les citoyens de Sigmar encore vivants.
Les habitants d’Exorbitance auraient pu tenir bon face à cette marée maléfique, car leur conviction était inébranlable et leur instinct tempéré par la survie au cœur de la Rogne maudite. Les armes des hommes-rats étaient terrifiantes, vomissant des nuages de poisons et des torrents de flammes surnaturelles.
Mais à cause de leur nature et de leur conception démentes, elles tuaient aussi la vermine infernale, tandis que les survivants des nuées s’écrasaient sur les robustes boucliers des Castelains en hordes enragées mais indisciplinées. Les fusils rugissaient, et les hommes-rats tombaient ; les canons grondaient, et les hommes-rats tombaient encore. Mais hélas, la marée de fourrure ne faiblissait pas, car les rejetons du Cornu craignaient davantage la cruauté de leurs maîtres vermineux que la juste fureur des Sigmarites.
Puis les portails dans le sol s’élargirent, et la roche grogna comme si elle agonisait sous la morsure d’un broyeur. Surgirent de cet abysse crépitant des colosses de chair geignards créés par les arts les plus ignobles des hommes-rats. Ni vivants ni morts, ni même vraiment morts-vivants, ils étaient maintenus dans une agonie liminaire par des mains habiles et des esprits déments de rongeurs. Leur fureur était aussi terrible que prodigue, et ils l’abattaient sur quiconque passait à portée de leurs griffes et de leurs gueules salivantes. Proches, amis et frères d’armes furent emportés et dévorés par les horreurs, mettant à mal la volonté des défenseurs survivants d’Exorbitance. Mais pour les hommes-rats, leurs semblables tués par leurs alliés comme par leurs ennemis étaient prestement oubliés, car la mort avait prouvé leur faiblesse, et ils ne méritaient donc aucune considération. Les géants mutants et leur infâme engeance se taillèrent un chemin dans les dernières formations rassemblées, et une marée d’hommes-rats investit les failles pour écraser les derniers îlots de raison.
Ainsi tomba Exorbitance, et beaucoup de ses défenseurs furent réduits à l’état de tas d’os rongés par les nuées vermineuses. Beaucoup, mais pas tous : les plus résistants furent emportés par les hommes-rats, qui jugèrent leur chair assez robuste pour compenser les Bêtes-Ogors et les colosses cadavériques perdus. Car un empire tel que celui des Skavens ne manque jamais de troupes à envoyer à la mort…
Sources
- AoS v4 - Tome de bataille du Chaos - SKAVENS - CROCS ET GRIFFES SANGLANTS